samedi 7 avril 2012

"We Demain", nouvelle revue pour "guetter les transformations de la société"

"We Demain", nouvelle revue pour "guetter les transformations de la société"

publié le 03/04/2012 à 17:15, mis à jour à 18:23

"We Demain", nouvelle revue pour "guetter les transformations de la société"

afp.com/Stéphane de Sakutin

PARIS - "We demain", nouvelle revue trimestrielle en librairie jeudi, veut "guetter les transformations de la société" et "s'interroger sur le monde demain", selon François Siegel, co-fondateur de la revue avec son frère Jean-Dominique.

L'épaisse revue, 228 pages, est publiée par les Editions du Cherche-Midi avec une maquette élégante, une iconographie soignée et de prestigieuses signatures.

Pour François Siegel, "les politiques n'ont pas compris qu'on vit déjà dans le monde de demain", se demandant si la crise est "une vraie rupture" qui signe "la fin d'un modèle de société".

Dans son premier numéro, "We Demain", surtitré "une revue pour changer d'époque", donne longuement la parole au prospectiviste américain Jérémy Rifkin, défenseur d'une "troisième révolution industrielle" qui serait "au carrefour d'une nouvelle convergence des énergies et de la communication".

"We demain" est découpé en séquences intitulées "Déchiffrer", "Savourer", "Inventer" ou encore "Ralentir".

Dans cette première livraison, la revue aborde notamment les nouveaux gisements d'emplois, le retour de l'utilisation du cheval de trait, le pacte écolo 5 ans après ou les révolutionnaires de la cuisine.

Vendue 12 euros, le premier numéro de "We Demain" a été tiré à 30.000 exemplaires.

Par
(http://www.lexpress.fr/actualites/1/economie/we-demain-nouvelle-revue-pour-guetter-les-transformations-de-la-societe_1100912.html)

Une Plateforme Télécom PACA pour expérimenter la 4G et le M2M!

Une Plateforme Télécom PACA pour expérimenter la 4G et le M2M!

Avec Com4Innov™, les TPE et PME pourront bénéficier des infrastructures de télécommunication sans fil les plus récentes, dʼoutils de développement, de contrôle dʼexpérimentations et de la compétence dʼexperts pour explorer l'univers mobile 4G et le M2M. Un atout maître dans lʼécosystème des TICs en région PACA.

C'est (enfin) le coup d'envoi pour la Plateforme Télécom ! A l'image de la mutualisation d'outils très sophistiqués qui a été réussie pour la microélectronique avec CIM PACA, le projet élaboré à la fin de la précédente décennie, vise à offrir aux chercheurs, start-ups, TPE et PME la possibilité de développer ou valider leurs technologies, applications ou services Wireless dans la 4G, les réseaux sans fils très haut débit.

Lancé par l'association Telecom Valley, le projet avait été repris par le pôle SCS et "retoqué" suite au retrait de HP. La société Ericsson ayant pris le relais pour toute la partie équipement réseau notamment, la Plateforme Télécom est désormais sur la rampe de lancement. Sous le nom de Com4Innov™, elle sera mise en place entre Sophia, Monaco et Marseille dès le second semestre de cette année et se positionnera en amont et en accompagnement du déploiement des réseaux commerciaux 4G qui devraient voir le jour fin 2012.

L'exploration de la 4G et du M2M (Machine to Machine)

Proposée à travers lʼAssociation Plateforme Télécom, Com4Innov est le résultat dʼune initiative industrielle labellisée et portée par le Pôle de compétitivité mondial Solutions Communicantes Sécurisées (S.C.S.). Com4Innov sʼadresse notamment aux TPE/PME qui souhaitent développer ou valider leurs technologies, applications ou services Wireless. Ils pourront bénéficier des infrastructures de télécommunication sans fil les plus récentes, dʼoutils de développement, de contrôle dʼexpérimentations et de mesures, et de la compétence dʼexperts.

Cette plateforme se focalise non seulement sur les réseaux et services mobiles du futur, les applications, composants mais également, c'est une de ses spécificités, sur les réseaux M2M (machine à machine) et les objets "communicants". Elle intègre différentes technologies comme le haut débit mobile (4G/LTE), les infrastructures applicatives (IMS), des passerelles dʼoptimisation, des terminaux mobiles, des réseaux, passerelles et capteurs sans fil de faible portée, un cloud de fédération et de gestion dʼapplications et dʼobjets communicants M2M.

Un "catalyseur" de l'innovation dans les TICs

"Com4Innov est un atout fort du développement de lʼécosystème des TICs en région PACA", commente Laurent Londeix, Président du Pôle SC. "Au coeur de lʼinnovation, elle va stimuler et amplifier la synergie entre les acteurs, en particulier les PME, et favoriser lʼengagement de projets collaboratifs technologiques ou orientés usages".

Pour Denis Rousset, Président de l'Association Plate-forme Télécom, "Com4Innov permet lʼaccès à des technologies et services du futur jusquʻalors réservés aux grands groupes. Avec cet environnement grandeur nature, nous lançons un catalyseur de lʼinnovation pour les entreprises qui pourront tester ou valider efficacement leurs produits et services en avance de phase et ainsi gagner en compétitivité".

Association Plateforme Télécom : des recrutements en cours

Sélectionnée par la DGCIS en juillet 2011, lʼAssociation Plate-forme Télécom en charge du déploiement et des opérations de Com4Innov a été créée en octobre 2011 par ses membres fondateurs : les entreprises 3Roam – Ericsson – iQsim – Newsteo – OneAccess – Orange – ST-Ericsson, les acteurs de la recherche EURECOM et Inria, ainsi que le Pôle de Compétitivité mondial SCS et les Associations MobiSmart et Telecom Valley.

La Direction Opérationnelle de lʼAssociation Plateforme Télécom est assurée depuis le début 2012 par Claude Hary et des recrutements sont en cours pour renforcer les opérations. Les premières communications 4G/LTE (en 2,6 GHz) établies depuis les antennes situées à Sophia Antipolis ainsi que les premières utilisations de lʼenvironnement M2M sont prévues dans le courant de lʼété 2012 pour atteindre un déploiement optimal avec une extension sur Marseille avant la fin de lʼannée 2012.

LʼAssociation "Plate-forme Télécom" a également signé un partenariat avec Monaco Telecom permettant notamment, et dès aujourdʼhui, de conduire des tests et évaluations LTE sur le territoire monégasque.


(http://www.webtimemedias.com/article/une-plateforme-telecom-paca-pour-experimenter-la-4g-et-le-m2m)

mardi 3 avril 2012

L’intelligence farceuse des choses

26 mars 2012

Chroniques > T'as remarqué ? (radio)

L’intelligence farceuse des choses

Hier, habitant du siècle numéro vingt et un, j’ai fait tourner la machine à laver. Yen a qui diront que je fanfaronne. Tant pis. C’est la vérité.
Comme il faisait beau, figure-toi que j’ai lavé la housse de couette à fleurs roses qui pourrissait en toute quiétude depuis le mois de janvier au fond du panier de linge sale. Parce que disons-le honnêtement, autant c’est la plaie, de laver une housse de couette quand il fait moche – ça met une éternité à sécher et ça sent la coulemelle –, autant c’est un bonheur qui confine au péché que d’étendre ces grosses dondons au soleil. Tu pendouilles ta housse humide sur la rambarde du balcon, et au bout de deux heures, ça sent divin le linge propre et sec. Mais bon, cette fois, tout n’est pas allé comme sur les roulettes habituelles.

[On peut écouter cette chronique au lieu de la lire, youpi, en cliquant sur le logo France Inter ci-dessous]

logo rouge france inter

T’as remarqué ce truc que font les housses de couette ? Il suffit que tu en mettes une dans le tambour de ta machine pour que, quand tu rouvres le hublot, la moitié des autres bidules que tu y avais fourrés soient planqués à l’intérieur de la housse. Ce qui se passe là-dedans, quand ça tourne, crois-moi, ça relève du paranormal.

Marcel Gotlib avait dessiné une BD intitulée « La méchanceté des choses » – la tartine qui tombe du côté du beurre, la bille qui roule sous le seul meuble de la pièce, les agaceries classiques. Si Gotlib avait lavé des housses de couette, il aurait forcément évoqué le mystère contrariant de leur voracité. A l’évidence, Gotlib ne lavait pas les housses de couette. Ne lui jetons pas la pierre, la couette et sa housse n’ont probablement envahi l’Hexagonie qu’après que Gotlib a commis ce crime contre le bon goût et la bonne humeur d’arrêter la BD.

Ma théorie à moi, n’en déplaise à Marcel, c’est que les choses sont plus blagueuses que méchantes. Evidemment, si tu n’es pas rompu à l’humour de housse de couette, par exemple, t’es un peu mal barré(e) dans ta vie de ménagère (ou ger). C’est ce qui arrive quand tu débutes en lave-linge : tu t’aperçois au bout de trois jours que, si elle sèche pas, dans le coin en bas à droite, ta housse, c’est parce qu’elle a gobé deux culottes, qui moisissent planquées en boule en empestant la salle de bains. Ne le prends pas pour de la méchanceté, c’est une blagounette.

Splash, mon petit veau !

Ma couette à fleurs, vu que je commence à avoir une bonne pratique de ses clowneries, a dû estimer que j’étais prête à passer au niveau supérieur. Quand, ouvrant le hublot, j’ai voulu tirer sur le premier morceau de textile qui se présentait, un formidable grumeau de linge bouchait l’ouverture. Tu voyais que du tissu de couette. Par quel bout attraper le machin ? Je tire, ça résiste. Sous ma force herculéenne, la machine tangue, mais rien n’en sort. La housse avait gobé absolument tout le linge. Pas une socquette n’avait échappé à sa morfalerie. Comment tu expliques ça ? C’est de la magie, obligé. Du paranormal. Ya une intelligence là-dedans. Une intelligence farceuse.

Finalement, j’ai dû y enfoncer les bras jusqu’aux coudes, tirer, et… miracle, d’un coup j’étais un vétérinaire de campagne. J’étais en train d’accoucher une vache. Un vêlage, ça s’appelle. En plus propre.

La délivrance n’a pas tardé, je suis tombée sur mon gracieux séant et sur le tapis de bain, recueillant dans mes bras zémus un petit veau qui fleurait bon le Splash senteur printanière. Enfant, je rêvais de devenir vétérinaire. C’est fait. Merci, ma housse.

Habitant du siècle numéro vingt et un, je te laisse, faut que j’aille repasser mon petit veau.

Chronique T’as remarqué, en direct sur France Inter chaque lundi à 5 h 50, dans la joyeuse émission de Brigitte Patient, Un jour tout neuf.
Ou alors, en cliquant plus haut, sur le logo France Inter, on écoute en podcast quand on veut, youpi.

© Muriel Gilbert

draps blancs qui sechent

(http://www.murielgilbert.com/chroniques/lessive-housse-de-couette-humour-menager/)


lundi 2 avril 2012

Crise de la presse et crise de la culture

Crise de la presse et crise de la culture


Source : Fromoldbook.org


La crise de la presse écrite n’est peut-être pas aussi récente que ce qu’on voudrait bien penser. Ces dernières années ont connu une accélération des différents processus qui conduisent les grands journaux à fermer, à savoir la baisse des revenus publicitaires et du lectorat. Mais dans les années 70, en particulier aux Etats-Unis, le journalisme était encensé pour son rôle démocratique. L’affaire du Watergate, révélée par Bob Woodward et Carl Bernstein, en est le parfait exemple. Les journalistes des sociétés démocratiques y ont vu un exemple. Le public avait un profond respect pour ces professionnels.

Pourtant les révélations d’affaires politiques ou de trafics d’influence ne suffirent pas à arrêter la baisse du nombre de lecteurs. Devant une telle corruption révélée, le lectorat a fini par associer les dénonciateurs à ceux qu’ils dénonçaient. Ainsi « le soupçon de manipulation s’étendit à tous les médiateurs de la chose publique »[1]. Pour contrer les doutes, l’ensemble des journalistes s’est réfugié dans l’objectivité définie comme neutralité. Les journalistes se contentent d’énoncer les faits, laissant le lecteur se faire lui-même sa propre opinion. Les seules opinions restantes sont encadrées clairement dans les chroniques.

Ce souci d’objectivité va se retourner contre les journalistes. « Et il est frappant de constater que des comportements comme ceux de braver la censure (…) soient autant d’indices de liberté de la presse, tandis qu’une opinion non conventionnelle, (…) vaut infraction à la déontologie »[2]. En voulant éviter tout jugement, la presse en a oublié sa fonction d’explication. Dans son esprit, information s’oppose à opinion mais aussi à analyse qui nécessite une prise de position, un choix. Il s’agit d’une première évolution de la presse qui n’explique pas à elle seule la crise.

Si l’on peut s’interroger sur la pertinence de s’intéresser à une explication de la crise de la culture quand le sujet qui nous préoccupe est la presse. Pourtant le sens courant du mot culture[3] inclut la presse puisqu’elle participe à la diffusion des opinions, des critiques et qu’elle aborde de nombreux sujets. Étudier les origines de la crise de la culture, c’est comprendre le contexte dans lequel la crise de la presse a été amenée à se développer.

La crise de la culture, le recueil d’articles de Hannah Arendt, est inspiré par le titre d’un des essais qui a pour sous-titre « Sa portée sociale et politique ». Cette étude se divise en deux parties. Dans la première Hannah Arendt explique ce qu’elle entend par « crise de la culture » ainsi que les éléments qui sont à l’origine de la crise selon elle. Pour cela, elle est amenée à s’interroger sur deux principaux concepts que sont la « société de masse » et la « culture de masse ». La seconde partie est un historique des termes « culture » et « art » visant à illustrer les différences entre les deux.

La relation entre société et culture (tout comme société de masse et culture de masse) est illustrée et nous éclaire sur le lien entre la presse et les sociétés démocratiques. Mais Hannah Arendt apporte une distinction entre société et société de masse qui prouve qu’il y a eu une évolution dans les sociétés modernes démocratiques. Ce changement a eu un impact sur la culture qui a donné une culture de masse. Il faut s’interroger sur les effets de cet impact pour le lien entre la presse et les sociétés démocratiques et sur la presse en elle-même.

Le premier changement abordé par Hannah Arendt dans son essai est celui qui a amené la société à devenir une société de masse. A son commencement, la société se définit par sa profonde division en plusieurs strates. Les rangs supérieurs se distinguent par le temps dont ils disposent pour leurs loisirs. La société devient une société de masse quand « la masse de population a été soulagée du fardeau du labeur physiquement épuisant, et peut, elle aussi, disposer d’assez de loisir pour la culture »[4]. Ainsi le loisir participe pleinement dans la définition du rang social d’un individu dans la société.

Les raisons de ce changement font que cette évolution de la société en société de masse a été accompagnée de celle de la culture devenue culture de masse. Pour Hannah Arendt, les deux sont des phénomènes corrélatifs. Mais pour l’individu, cette mutation n’a pas toujours été bien accueillie. Protégé par sa classe, chacun pouvait « survivre » aux pressions de la société notamment parce que sa condition était clairement définie par sa place. Dorénavant, « la société a incorporé toutes les couches de la population »[5] d’où un certain esprit de rébellion qui est apparu chez les artistes ou les révolutionnaires.

L’artiste du XVIIIème siècle a accusé la société de se désintéresser de la culture et de l’art. D’où l’apparition du terme de « philistin » désignant « un état d’esprit qui juge de tout en termes d’utilité immédiate et de valeurs matérielles »[6]. Mais l’évolution de la société va conduire les classes moyennes, en lutte avec l’aristocratie, à se captiver pour la culture afin de s’élever dans leur position sociale. Elle devient « l’arme » la mieux adaptée pour illustrer sa réussite sociale. C’est l’apparition du « philistin cultivé » dans la société.

Le problème du philistin cultivé est qu’il ne va s’intéresser à l’art que pour s’éduquer personnellement. Il lit les classiques « poussé par le motif second de perfection personnelle, sans être conscient le moins du monde que Shakespeare ou Platon pourraient avoir à lui dire des choses »[7]. Ce désintérêt pour les objets culturels en eux-mêmes les a conduit à devenir des « valeurs ». La culture évolue en une marchandise sociale et se transforme en chose échangeable.

Ces échanges contribuent à l’usure des objets culturels, ce qui est contraire à leur nature même. En effet, pour Hannah Arendt[8] :

Un objet est culturel selon la durée de sa permanence ; son caractère durable est l’exact opposé du caractère fonctionnel, qualité qui le fait disparaître à nouveau du monde phénoménal par utilisation et par usure.

Les objets culturels, à travers leur valeur d’échange, trouvent une utilité dans la société, utilité tant recherchée par les philistins. Mais en leur conférant cette charge, les objets culturels se dégradent et perdent leur signification première, à savoir « le pouvoir d’arrêter notre attention et de nous émouvoir »[9]. En les encrant dans l’immédiat, le philistin cultivé modifie irrémédiablement la culture.

La société, à laquelle appartient le philistin cultivé, va se muer en société de masse et le temps libéré pour les loisirs, à l’origine de cette société de masse, va s’accroître. C’est l’apparition du temps vide, après le travail et le repos, que les loisirs sont supposés remplir. Dès lors apparaît l’industrie des loisirs. Cependant il ne faut pas confondre les loisirs avec les objets culturels. Les loisirs sont à l’origine définis par leur caractère périssable. Ils sont des biens de consommation.

La société de masse cherche à se divertir par les loisirs et non par la culture. Il ne faut pas confondre les membres de la société de masse avec le philistin cultivé. Dans la société de masse, « le temps du loisir ne sert plus à se perfectionner ou à acquérir une meilleure position sociale, mais à consommer de plus en plus »[10]. Elle veut uniquement occuper son temps libre par du divertissement, compris comme bien de consommation.

Hannah Arendt considère que « la société de masse, en ce qu’elle ne veut pas la culture mais seulement les loisirs, est probablement une moindre menace pour la culture que le philistinisme »[11]. La société de masse ne se préoccupe pas de la culture et contrairement au philistin cultivé, elle ne recherche pas la perfection personnelle à travers elle. Ainsi l’industrie des loisirs procure ses propres biens de consommation.

Le problème des loisirs est qu’ils ont une durée de vie très courte de par leur nature et l’industrie qui les fabrique doit sans cesse proposer de nouveaux produits pour attirer le consommateur de la société de masse. L’esprit créatif de l’industrie des loisirs n’étant pas illimité, elle va se tourner vers la culture comme nouvelle source d’inspiration :

Dans cette situation, ceux qui produisent pour les mass media pillent le domaine entier de la culture passée et présente, dans l’espoir de trouver un matériau approprié (…) qui plus est, ne peut être présenté tel quel ; il faut le modifier pour qu’il devienne loisir.[12]

La société de masse s’intéresse à la culture non pas pour elle-même mais comme mine d’idées. C’est la création de la culture de masse. Mais l’industrie des loisirs ne peut pas exposer ces objets tels quels. Elle va les transformer et les reproduire à l’infini.

Les œuvres d’art deviennent source de loisirs. Les objets culturels se transforment en des biens de consommation. La société de masse ne va plus connaître que la culture de masse qui n’est pas la culture. Pour Hannah Arendt, les objets culturels sont censés être « les seules choses à n’avoir aucune fonction dans le processus vital de la société »[13]. Pourtant en devenant à leur tour des loisirs, la société de masse leur confère une utilité, ce qui les dénature totalement. La culture de masse est en fait un loisir de masse qui se nourrit des objets culturels.

La seule « culture » connue par la société de masse résulte d’un processus de transformation par l’industrie des loisirs. Les œuvres d’art ne sont plus observées pour elles-mêmes mais contribuent à une « sortie culturelle ». C’est la crise de la culture. La culture en elle-même, la « vraie » culture est perdue au milieu d’une culture de masse qui en la dénaturant participe à la faire disparaître. La société de masse ne peut pas devenir une société cultivée. C’est avant tout une société de consommateurs, ce qui « implique la ruine de tout ce à quoi elle touche »[14] en transformant tout objet en bien de consommation défini avant tout par son caractère périssable.

La presse et ses différents supports ne sont pas directement des objets culturels mais ils contribuent à la diffusion de la culture. Avec le développement de la culture de masse, la presse va devenir à son tour une source de loisirs. En effet ces nouveaux loisirs, qui se nourrissent des objets culturels, vont également avoir besoin de se faire connaître. Pour cela, ils vont se servir du canal utilisé par la culture, la presse. La presse se met au service de la culture de masse. En se servant ainsi de la presse, la société de masse, corrélative de la culture de masse, va transformer le journalisme en objet de consommation.

En devenant un bien de consommation, la presse hérite à son tour de ce caractère périssable. Aussitôt parue, elle est obsolète et démodée. Les « nouvelles » ne suffisent plus à attirer l’œil du consommateur qui veut du neuf. Habituée à ce que l’industrie des loisirs lui fournisse en permanence des nouveautés, la société de masse attend la même chose pour tout ce qui peut être source de loisirs. Ainsi la presse d’actualité apporte des nouvelles mais qui, en quelque sorte, sont toujours les mêmes. L’actualité du monde n’est pas suffisamment originale pour attirer la société de masse.

Cela pourrait expliquer le désintérêt des consommateurs pour cette forme de presse alors que les magazines « people » se portent mieux que toutes les autres formes de presse. Ils apportent du neuf, de l’exclusif à cette société de masse qui en veut toujours plus. De la même façon que la presse d’actualité, la presse de divertissement aussitôt publiée est dépassée. Mais cette presse du divertissement est spécialisée dans ce que recherche la société de masse, la nouveauté. Ce qui explique pourquoi la crise la touche moins durement que la presse d’actualité.

Ainsi dans La crise de la culture, Hannah Arendt propose une interprétation de l’évolution de la société qui s’est muée en « société de masse », comprise comme société de consommateurs. Elle permet de justifier, en partie, la crise de la presse actuelle. Mais les changements qui ont eu lieu dans les sociétés démocratiques au fil du temps sont nombreux et complexes. C’est pourquoi il est intéressant d’étudier d’autres explications qui reposent à la fois sur le développement de la presse et sur les transformations de la société.

Nolwenn Picoche – Paris IV


[1] Spitéri Gérard, « Le journaliste-idéologue », dans Le débat n° 138, Paris, Gallimard, 2006, p.119.

[2] Ibid., p.120.

[3] Culture : « savoir assimilé et formateur, qui donne une place privilégiée aux lettres et aux arts, favorise l’ampleur de vue, l’intuition critique, l’affinement du goût et la diversité des intérêts » de Baraquin Noëlla, dans Russ Jacqueline (dir.), Dictionnaire de philosophie, Paris, Armand Colin, 2000, p.70.

[4] Arendt Hannah, « La crise de la culture » dans La crise de la culture (Between past and future), trad. de l’anglais par Barbara Cassin, Paris, Gallimard, 1972, p.255.

[5] Ibid., p.257.

[6] Ibid., p.258.

[7] Ibid., p.260.

[8] Ibid., p.266.

[9] Ibid., p.261.

[10] Ibid., p.270.

[11] Ibid., p.264.

[12] Ibid., p.265.

[13] Ibid., p.268.

[14] Ibid., p.270.

(http://www.implications-philosophiques.org/actualite/une/crise-de-la-presse-et-crise-de-la-culture/)


Jacques Carelman est mort

Jacques Carelman est mort

Disparition de l'auteur du fameux Catalogue d'Objets Introuvables

Publié le 30 mars 2012 par alw

(Photo : Jacques Carelman et sa cafetière masochiste)

Le pataphysicien Jacques Carelman avait 83 ans.

Jacques Carelman, régent du Collège de Pataphysique et membre fondateur de l'Ouvroir de Peinture Potentielle (OuPeinPo), s’est éteint à l’âge de 83 ans, a-t-on appris de son dernier éditeur, Emmanuel Pierrat, qui avait réédité en novembre dernier chez Cartouche son Catalogue de timbres-poste introuvables.

Originaire de Marseille, Jacques Carelman était arrivé à Paris en 1956 pour se consacrer à diverses activités artistiques (décoration théâtrale, illustration de livres, peinture et sculpture) et s’était fait connaître avec le Catalogue d'objets introuvables publié avec succès par Balland en 1969 et réédité au Cherche Midi en 1999 et 2010.

Ce grand classique de la loufoquerie machiniste du XXe siècle présentait des objets détournés jusqu’à l’absurde de leur fonction initiale comme des lunettes pour amoureux myopes, des chaussons ramasse-miettes, une casserole en plastique gonflable pour le camping ou encore un jeu d'échecs sphérique.

L’idée lui était venue en consultant un catalogue de la vénérable Manufacture d'Armes et Cycles de Saint-Etienne, qui détaillait des instruments, outils, objets et appareils de toutes sortes.

Les poissons du dimanche : belle pêche pour Google !

Les poissons du dimanche : belle pêche pour Google !




Le lundi 2 avril 2012 (English version - machine translation) par

Poisson frais

La principale pêche de poisson d'avril est venue, cette année encore, de Google avec d'innombrables gags lachés ici ou là dans les services en ligne de la firme de Mountain View. Impressionnant !...


Traditionnellement, lorsque le 1er avril tombe un dimanche, la pêche aux poissons d'avril est de quantité et de qualité inférieure à la normale sur le Web et dans le monde des moteurs de recherche. C'est plus ou moins le cas cette année (notons qu'Abondance n'en a pas fait) avec tout de même quelques perles relevées ici ou là. Comme d'habitude, Google s'est "laché" et la plupart des gros poissons viennent de ses équipes :

- Google Maps en mode 8 bits pour la Nintendo NES (avec musique de fond d'époque...) au travers d'une vidéo mais également "en live" sur le site Google Maps en cliquant sur le bouton "Quête" en haut à droite de l'interface :


Source de l'image : Google

- Google a également lancé des voitures sans chauffeurs directement dans le cadre d'une écurie vouée à courir les courses de NASCAR. Un site est dédié à cette nouvelle écurie.


Google car Nascar
Source de l'image : Google

- En Australie, Google a expliqué qu'ils utilisaient des kangourous équipés de caméras pour leur Street View local :


Google street view kangourous
Source de l'image : Google

- En Chine, la page d'accueil de Google s'est noyée dans la mer au travers d'une animation amusante.


Google underwater search
Source de l'image : Google

- La "really advanced search" permet de rechercher l'information sur le Web grâce à des critères... un peu... flous... :


Google really advanced search
Source de l'image : Google

- Google analytics a mis en place des rapports interplanétaires


Google Analytics planetary reports
Source de l'image : Google

- Le site Search Engine Watch a publié un article sur le Google+ Bowling pour mieux jouer à votre sport préféré.

- Le blog Axe-net a proposé un pack sécurité SEO, une "sorte d’assurance (qui) s’adresserait à tout possesseur de site souhaitant se prémunir de déclassements intempestifs liés à de mauvaises pratiques involontaires de sa part ou de negative SEO infligé par des concurrents peu scrupuleux.".


Pack securité SEO
Source de l'image : Axe-Net

- Et même le Rotary Club de Toulouse qui explique que "Google va lancer à partir du mois de juin 2012 une campagne pour faire gagner un doodle par mois pour des sites respectants les règles de bonnes pratiques dans le référencement et avec un contenu de qualité". Bien vu !

On ne peut quand même que rester admiratif devant l'imagination des équipes de Google et l'énergie dépensée chaque année à mettre en place tous ces poissons d'avril tout en remarquant que, cette année encore, Bing et Yahoo! sont étrangement absents de cette "course au fun"...

De nombreux autres poissons d'avril sont également répertoriés sur le site Search Engine Land.

(http://actu.abondance.com/2012/04/les-poissons-du-dimanche-belle-peche.html)